L'Eté et L'Automne

François-Albert STIEMART, L'Eté, 1ère moitié du XVIIIe siècle

Deux tableaux, ovales, concaves et cintrés, ont été déposés par le musée du Louvre en 1986. Le premier représente une femme, couronnée d’épis, assise sur deux gerbes de blé, tenant à la main une faucille et entourée de trois amours dont l’un dort, le second met une gerbe de blé sur son épaule et le troisième assemble les blés.

Le second tableau figure une femme assise tenant une corne d’abondance et encadrée de quatre amours : l’un lui tend un panier rempli de raisin, un autre est dans une cuve en train de fouler du raisin, les deux derniers versent du vin dans une coupe.

François-Albert STIEMART, L'Automne, 1ère moitié du XVIIIe siècle

 

Ces œuvres sont des allégories des saisons, L’Eté et L’Automne, qui décoraient le pavillon royal de Marly au XVIIIe siècle.

 

Ces tableaux ont été étudiés et restaurés par le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF). Leur assemblage sur panneau de chêne s’est révélé typique du XVIIIe siècle. Des traces de scie semblent indiquer que ces panneaux ont été découpés des lambris dans lesquels ils étaient encastrés. L’examen des œuvres n’a montré aucun repentir, le peintre n’a pas hésité sur sa composition. Il s’agit très certainement de copies.

D’après les inventaires, ces tableaux étaient attribués à Bon de Boulogne (1649-1717). L’étude par le C2RMF semblait remettre en cause cette attribution.

Le retour de ces tableau à Marly impliquait de préciser leur emplacement dans le pavillon royal et d’identifier l’auteur.

François-Albert STIEMART, L'Automne (détail), 1ère moitié du XVIIIe siècle

Des recherches ont été menées dans les différents inventaires des bâtiments du Roi ainsi que dans les sources mentionnant le décor du pavillon royal. Quelques tableaux représentant des allégories de L’Eté et de L’Automne apparaissent bien dans les inventaires dès 1709, mais leur description et leurs dimensions ne correspondent pas aux tableaux étudiés.

 

 

Plan du rez-de-chaussée du pavillon royal, état de 1755

 

Dans sa Description des maisons royales, Nicolas Dezallier D’Argenville indique qu’en 1755 :
« L’appartement de Monsieur le Dauphin est orné de quatre tableaux, faits par Stiemart, représentant les saisons ». Cette phrase constitue la seule référence à des tableaux ovales et les attribue donc à Stiemart.

Cet emplacement dans le pavillon royal est-il possible ?
Qui est Stiemart ?

 

 

Plan de l'appartement du Dauphin, état de 1755

L’appartement du Dauphin, fils de Louis XV, se composait de trois pièces réservées à son usage personnel : l’antichambre, le cabinet d’angle et la chambre, lieu le plus intime du logement. Sur le plan de l’appartement de 1755, le cabinet d’angle possédait alors trois portes dont deux portes cintrées desservant la chambre.

Suivant la tradition, des tableaux étaient certainement encastrés au-dessus de ces portes de forme arrondie, dans les boiseries. L’Eté et L’Automne ornaient ces dessus de portes concaves.

Plan du cabinet d'angle de l'appartement du Dauphin en 1755

 

Pour respecter une cohérence, ce cabinet devait être décoré des quatre Saisons. L’accès se faisant par l’antichambre, la porte de communication devait certainement être décorée d’un tableau représentant Le Printemps, suivi de L’Eté et de L’Automne sur les portes donnant vers la chambre et enfin, sur la cheminée faisant face à au Printemps, L’Hiver. L’emplacement du Printemps et de L’Hiver laisse supposer que ces œuvres étaient planes.

 

 

Le Dauphin meurt en 1765. En 1768, son appartement est modifié. Les tableaux sont alors retirés et emmenés au magasin comme l’indique l’inventaire de cette réserve de mobilier de Marly : « deux tableaux ovales peints sur bois cintré l’un représentant L’Eté, l’autre L’Automne ».

François-Albert STIEMART, L'Automne (détail), 1ère moitié du XVIIIe siècle

A partir de 1779, Le Printemps et L’Hiver n’apparaissent plus dans l’inventaire du magasin. Sont-ils très abîmés, définitivement détruits ou ont-ils été tout simplement transférés ailleurs, leur forme sans cintre facilitant leur réemploi ? L’Eté et L’Automne restent dans le magasin jusqu’en 1793. A cette date, ils retournent dans le château pour rejoindre les œuvres mises en réserve. Ils sont par la suite déposés à Sèvres jusqu’en 1864 puis déposés en 1872 au musée national Adrien Dubouché de Limoges.

 

 

Selon la mention de 1755, les tableaux ont été peints par Stiemart.

François-Albert Stiémart (1680-1740) est un peintre copiste et décorateur confirmé. Dès 1704, il reproduit les tableaux dont le souverain souhaite avoir des répliques. Entre 1716 et 1730, il travaille à plus de 300 copies. Il réalise même souvent plusieurs copies de la même œuvre dans des dimensions différentes.

Les comptes des Bâtiments du roi indiquent qu’en 1712, Siémart est payé pour les tableaux qu’il a copiés pour le service du roi et en 1714, il reçoit également le paiement des « copies de tableaux du cabinet du Roi qu’il a faites pour les châteaux de Versailles, Marly et autres Maisons royales pendant 1713. » Quant a-t-il exécuté les œuvres présentes dans l’appartement du Dauphin : dans les dernières années du règne de Louis XIV ? au début du règne de Louis XV ? Avant sa mort en 1740 en tout état de cause.

L’artiste a exécuté en 1728 une copie des quatre Saisons « d’après Boulogne ». Dans les inventaires, cette série des Saisons se caractérise par un format rectangulaire, plus grand que les panneaux ovales et avec des variantes dans la composition (paysage de fond, nombre d’amours).

Stiémart a probablement été sollicité, avant ou après cette série rectangulaire de 1728, pour réaliser un autre ensemble des Quatre Saisons dont deux devaient être cintrées pour s’adapter aux portes concaves du cabinet d’angle.

 

Mais de quel « Boulogne » s’inspira-t-il ? En effet, deux frères peintres portent ce nom. Les œuvres de Boulogne l’Ainé ne sont pas parvenues jusqu’à nous, on ne peut donc faire de rapprochement.

François-Albert STIEMART, L'Eté (détail), 1ère moitié du XVIIIe siècle

Pour Louis de Boulogne dit le Jeune (1654-1733), une allégorie de Saison est connue. En effet, il a travaillé à Marly où il a exécuté le tableau de L’Eté ou Cérès, œuvre monumentale qui ornait le salon du pavillon royal à partir de 1699. Ce salon était décoré de quatre tableaux représentant les Saisons, peints par des artistes de grande renommée : Antoine Coypel Le Printemps, Louis de Boulogne L’Eté, Charles de Lafosse L’Automne, Jean Jouvenet L’Hiver. Stiémart en travaillant sa série « aux ovales » sur les lambris du cabinet d’angle a donc nécessairement vu l’œuvre de Boulogne le Jeune. La composition de Boulogne le Jeune a pu inspirer Stiémart.

 

Dès le 5 mai, le tableau de L’Eté de Louis de Boulogne, habituellement conservé au musée des beaux-arts de Rouen, sera présenté au Musée-Promenade. En effet, pour la première fois, depuis 1794, les quatre tableaux des saisons du salon du pavillon royal seront présentés ensemble.

Les tableaux du Printemps et de L’Hiver, en mauvais état dès 1794, viennent d’être restaurés.

L’Eté et L’Automne de Stiémart sont actuellement présentés dans le musée.

 

Fiche technique
Huiles sur panneau de bois
1ère moitié du XVIIIe siècle
90 x 73 cm
Inv. D 86.8.1 et D 86.8.2, dépôts du musée du Louvre

 


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