Jacques Rigaud

Jacques Rigaud (Marseille 1680 – Paris 1754)

Les dessins et estampes de Rigaud sont très présents dans les collections des musées français ou étrangers, dans celles des amateurs ou encore sur le marché de l’art. La vie de l’artiste et les étapes de sa carrière, elles, en revanche, sont mal documentées si bien qu’il a souvent été confondu avec son neveu Jean-Baptiste.

Jacques Rigaud naît à Marseille en 1680. Il est probablement formé dans le milieu des peintres des galères, qui œuvrent à l’Arsenal de Marseille décorant des navires, enseignant le dessin aux élèves officiers et portraiturant les gradés.

Au début du XVIIIe siècle, ce groupe d’artistes est dirigé par le peintre Michel Gospard Serre (Tarragone, 1658 - Marseille, 1733), membre de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture, et l’un des peintres les plus célèbres du Sud de la France.

C’est dans ce contexte, naval et méridional, que voit le jour la première œuvre connue de Jacques Rigaud, la Vue de la place forte de Toulon en 1707, au lendemain de son siège et de son bombardement par les armées du prince Eugène de Savoie.

Le dessin Vue de la place forte de Toulon porte une dédicace à l’Intendant du Languedoc, Nicolas Lamoignon, marquis de Basville (1648-1724), dans laquelle Rigaud montre son aspiration à occuper le poste de dessinateur au département des Fortifications de France et son souhait de se faire recommander auprès du Directeur Général des Fortifications, le Pelletier de Souzy.

Il réalise à cette époque de nombreuses gravures d’après ses dessins de vues urbaines et campagnardes de sa région.

1720 est l’année charnière de sa carrière. D'une part, la peste, amenée par un navire marchand venu du Levant, se déclare à Marseille, où elle sévit pendant plusieurs mois, décimant la population. Jacques Rigaud, intrépide témoin de cet évènement, dessine sur place puis grave les ravages de la maladie. D'autre part, il s’installe à Paris et s’établit rue Saint-Jacques, comme graveur et éditeur d’estampes ; il y vend ses œuvres, en particulier ses vues de la peste à Marseille qui font sensation.

Il dessine alors un grand nombre de vues de Paris, de ses monuments et des demeures royales qu’il grave ensuite dans son atelier. Ce sont des vues à caractère topographique dans la lignée des travaux d’Israël Silvestre. On y retrouve les édifices remarquables de la capitale comme le dôme de l’église de l’Hôtel des Invalides, la place des Victoires, l’Hôtel de Ville, la forteresse de la Bastille ou la promenade du Palais des Tuileries.

L’œuvre qui l’a fait passer à la postérité est sans doute Les Maisons Royales de France, l’une des plus célèbres suites

du XVIIIe siècle, où résidences et jardins comme Versailles, Marly, Fontainebleau, Saint-Cloud… appartenant au roi, à sa famille ou aux grands du royaume sont représentés minutieusement. Aucune dédicace et aucun document n’a permis jusqu’ici de cerner l’origine de cette réalisation de grande envergure ; il pourrait s’agir néanmoins d’une commande royale.

Au milieu des années 1730, Rigaud représente quelques lieux remarquables d’Angleterre tels que le château d’Hampton Court, la villa et le jardin de Chiswick, les célèbres Saint James Park à Londres, Stowe Garden et son Temple, Greenwich Park et Greenwich Hospital.

Les cinq dessins représentant le Château de la Tour d’Aigues datent probablement des années 1740.

Son œuvre comprend encore de nombreuses planches de paysages, ainsi que six planches pour l’ouvrage La science des ingénieurs, dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile [...], par B. Forest de Belidor (Paris, 1729).

Il célèbre aussi des épisodes historiques sur un mode narratif, comme dans le cas de la Réception des chevaliers de l’Ordre du Saint Esprit dans la chapelle de Versailles lors de la Grande Promotion du 3 juin 1724.

Le 22 juin 1752, on retrouve Jacques Rigaud parrain de sa petite nièce Geneviève Madeleine, fille de Jean-Baptiste et dans un acte notarié du 15 août 1753, concernant un placement de 16.000 francs, il figure comme « Sieur Rigaud, graveur à Paris ». Il décède un an plus tard dans la capitale.

Chaque dessin de Jacques Rigaud offre, au premier plan, une vision gaie et animée de la vie de cour du début de règne de Louis XV : on y découvre des calèches en course, des dames et des gentilshommes élégants.

La précision du trait dans le rendu des architectures et le pittoresque avec lequel il anime les premiers plans par des personnages en mouvement, savamment groupés, dont la facture fait penser aux meilleurs disciples d’Antoine Watteau, le montrent en pleine possession de son art.

Toutes ses œuvres sont dessinées de façon alerte : dans ses compositions urbaines, architecturales, et paysagères, l’acuité du regard, le scrupule du détail dans le rendu du réel lui sont caractéristiques.

 

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